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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 05:59
Dieux et Déesses gardiens des tombeaux

 

 

 

Dix ans déjà qu’avec notre association nous étions allés visiter les hypogées de Coizard dans le département de la Marne et aujourd’hui, nous y retournons. Devant l’église romane de Villevenard, dont un ancêtre du général de Gaulle fut abbé de 1749 à 1783, nous retrouvons avec plaisir Vincent de l’INRAP, notre guide d’alors qui va de nouveau nous entraîner dans  cette visite « Hors du temps »

 

 

 

 

 

                           L’église et le cimetière de Villevenard

Les marais de St Gond/  Doc. IGN

Les marais de St Gond/ Doc. IGN

En pleine terre Champenoise, au milieu des vignes, nous surplombons la vallée creusée par le Petit Morin qui alimente les marais de St Gond. Perdues à flanc de coteaux au milieu de la végétation, deux petites constructions au toit pentu semblent émerger du sol : nous sommes devant les hypogées.

Dieux et Déesses gardiens des tombeaux

Témoins d’un passé lointain et oublié, les hypogées datés entre 3400 et 2200 avant notre ère sont dans cette région les rares vestiges de constructions funéraires collectives souterraines utilisées jadis par une civilisation du Néolithique récent et final connue sous le nom de « Seine-et-Oise-Marne ».

Dieux et Déesses gardiens des tombeaux

Notre guide nous signale :

«  Des études récentes ont montré que ce vaste ensemble présentait des différences locales. Ce secteur de la Marne a des affinités avec la culture suisse de Horgen. Le milieu du IVe millénaire est une période charnière qui voit le développement des sépultures collectives alors qu’avant la sépulture individuelle était la norme. Les sépultures collectives prennent des formes variées : mégalithiques ou creusées dans le sol comme les hypogées. Malheureusement la plupart ont été fouillées anciennement notamment pour le Baron Joseph de Baye à la fin du XIXe siècle ; moins d’une dizaine ont été fouillées au cours des 60 dernières années. Jusque récemment les habitats du Néolithique récent étaient mal connus dans cette région. Le site de Pont sur Seine dans l'Aube offre de premières précisions en fournissant des plans de bâtiments variés. »   

 

L’heure est venue, Vincent ouvre avec difficulté la porte bloquée par la végétation de l’hypogée n° 24 et immédiatement un souffle glacé venu du fond des âges nous agresse face au trou béant qui s’ouvre dans les entrailles de la terre. Bienvenue chez les Dieux et Déesses gardiens des tombeaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec peine nous nous introduisons dans l’étroit boyau et rapidement à gauche de l’entrée de l’antichambre, dans la semi obscurité seulement éclairée par la lumière tremblante de nos lampes de poche, nous découvrons peu à peu la première gravure à l’entrée, il s’agit d’une représentation féminine à en croire les seins gravés dans la pierre. Nos éclairages animent son visage minéral qui se déforme alors en adoptant un inquiétant rictus ricanant. Dans l’antichambre, une sorte de fresque se révèle à nous composée d’un individu hiératique casqué faisant face à une grande hache gravée. 

 

 

 

 

 

La déesse

Dieux et Déesses gardiens des tombeaux

Poursuivant notre reptation, nous débouchons à quatre pattes dans la grande salle de l’hypogée, le calme qui y règne et la solennité du lieu nous impose le silence.

Dieux et Déesses gardiens des tombeaux

..........Notre guide nous chuchote :

 

Hypogée 24 Coizard  (Bailloud 1974, extrait figure 37)

 

« Ces 2 hypogées présentent une chambre sépulcrale précédée d’une antégrotte ; les représentations sont situées sur les parois proches de l’entrée. On y distingue notamment des haches aux caractéristiques précisément représentées (lame, gaine, manche) et au tranchant tourné vers l’entrée. Il y a également des figurations anthropomorphes avec un collier et certaines ont un caractère féminin affirmé par la présence de seins. Un « Objet » complète la panoplie. Certaines de ces représentations ont pu être retouchées par les fouilleurs du Baron. Ces figurations trouvent des affinités avec les autres gravures du Bassin parisien. D’après les observations faites dans les derniers hypogées fouillés, les corps étaient disposés dans la chambre funéraire mais en fin d’utilisation des corps pouvaient être placés dans l’antégrotte avant la condamnation définitive.                                                                                                                   

L'objet - Le Dieu ?

L'objet - Le Dieu ?

Les haches

Les haches

Hypogée 23 Coizard  (Bailloud 1974, extrait figure 37)

 

 

 

 

 

 

 

L’hypogée n°23 qui nous accueille ensuite est plus petit aussi bien par ses dimensions que par le nombre de ses gravures. Située dans l’antichambre, une étrange représentation féminine bien conservée avec seins apparents, portant un collier et coiffée d’un curieux couvre-chef nous observe avec suspicion lorsque nous pénétrons par l’étroit hublot dans la chambre très basse de plafond. A l’intérieur, en nous retournant deux haches de part et d’autre de l’entrée se font face comme pour en protéger l’entrée ou nous en interdire la sortie?

Hypogée  23 : la chambre et les deux haches

Hypogée 23 : la chambre et les deux haches

Exemples de fréquentation des hypogées de la Marne :

 

Dieux et Déesses gardiens des tombeaux

  Voilà ! La visite est terminée. Un petit restaurant proche et tout à fait sympathique nous accueille ensuite pour terminer cette riche matinée.

 

Texte et photos : Jean Lentignac.

Sources :

Bailloud (Gérard), 1974 – Le Néolithique dans le Bassin parisien. IIe supplément à Gallia Préhistoire, Paris, C.N.R.S., 429 p.

Charpy (Jean-Jacques), 2014 – Nouvelle lecture des sculptures trouvées dans les hypogées des marais de Saint-Gond (Marne). In Cottiaux (Richard), Salanova (Laure) dir., 2014 – La fin du IVe millénaire dans le Bassin parisien. Le Néolithique récent entre Seine, Oise et Marne (3500 - 2900 avant notre ère). Revue archéologique de l’Est 34e supplément/ Revue archéologique d’Ile de France 1er supplément, p. 411 – 422.

Chertier (Bernard), Bouttier-Nicolardot (Colette), Nicolardot (Jean-Pierre) et Masset (Claude) 1994 – L’hypogée néolithique de Loisy-en-Brie (Marne), lieu-dit Les Gouttes d’Or. Préhistoire et Protohistoire en Champagne-Ardenne, 18, p. 23 – 53.

Cottiaux (Richard), Salanova (Laure) dir., 2014 – La fin du IVe millénaire dans le Bassin parisien. Le Néolithique récent entre Seine, Oise et Marne (3500 - 2900 avant notre ère). Revue archéologique de l’Est 34e supplément/ Revue archéologique d’Ile de France 1er supplément, 552 p.

Villes (Alain), 1988 – Excursion dans les marais de Saint Gond : visite des sépultures collectives et des monuments mégalithiques. Châlons-sur-Marne, Service régional de l’archéologie de Champagne-Ardenne, 8 p. , 3 fig.

Villes (Alain), 1996 – Sépultures collectives du Néolithique en Champagne : recherche d’une identité régionale. Bulletin de la Société préhistorique française, tome 93, n°3, p. 312-317.

Villes (Alain), 1998 – Les figurations néolithiques de la Marne, dans le contexte du Bassin parisien. Bulletin de la Société archéologique champenoise, tome 91, p. 7-45.

 

Remerciements :

Yves Desfossés (Conservateur de l’archéologie Champagne Ardenne, Drac Grand Est)

Vincent Desbrosse, Archéologue (INRAP-Champagne-Ardenne Grand Est Nord)

http://www.inrap.fr/un-site-neolithique-dans-la-vallee-de-la-seine-9479

http://www.inrap.fr/un-site-neolithique-dans-la-vallee-de-la-seine-9479

 

 

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